Partager l'article ! Un continent en fragmentation : l'Europe - l'indépendance du Kosovo: Le dimanche 17 février 2008, la république du Kosovo a proclamé son ...
Le blog de Gilles Sabatier, un prof d'histoire-géographie du lycée Claude Fauriel à Saint-Etienne (Loire)
Le dimanche 17 février 2008, la république du Kosovo a proclamé son indépendance à Pristina. Voilà, donc après le Monténégro, l'apparition d'un nouvel Etat
européen, également issu de l'ancienne fédération de Yougoslavie qui a éclaté depuis les années 90.
La proclamation d'indépendance à Pristina soulève plusieurs questions.
Le Kosovo était jusqu'à aujourd'hui une province de la Serbie. Contrairement à la Slovénie, la Macédoine, la Croatie, cette province n'était pas une ancienne république dans
la fédération de Yougoslavie. Le Kosovo depuis la création de la Yougoslavie, dans les années 20, était rattaché à la république de Serbie, comme le Montenegro d'ailleurs.
Par sa position géographique, la province du Kosovo servait historiquement d'espace-tampon entre une Serbie peuplée très majoritairement par des Orthodoxes et
l'Albanie peuplée très majoritairement par des Musulmans. Le documentaire référence de la BBC, Yougoslavie, suicide d'une Nation, narrant dans le détail les causes de l'éclatement
de cet état multinational, commençait par évoquer le sort singulier de cette province très pauvre.
En 1987, le Serbe Milosevic s'était rendu au Kosovo pour soutenir la minorité serbe qui se sentait opprimée par la majorité musulmane, dénommée Albanais du Kosovo. Rompant avec la tradition
communiste qui consistait à réprimer toute véillité nationaliste, Milosevic en écoutant la minorité serbe avait ouvert la voie à un processus de fragmentation, nourri de violence et de haine
inter-ethnique, qui a frappé la Yougoslavie... durant une vingtaine d'années.
La nouvelle de l'indépendance du Kosovo s'inscrit bien dans le processus continu de fragmentation de cette partie de l'Europe dite des Balkans, véritable enchevêtrement des peuples
mais aussi des confessions (catholiques, orthodoxes, musulmans). Mais elle plonge la communauté internationale et européenne dans un profond embarras.
Aussitôt la nouvelle de l'indépendance connue, Belgrade (c'est à dire le gouvernement serbe) a fait part de son indignation et de son refus de reconnaître ce nouvel Etat, né d'une division de son
territoire. «Nous avons décidé que le gouvernement serbe annulera par avance (...) tout acte contraire à la loi portant sur une proclamation unilatérale d'indépendance de cet État
fictif sur le territoire serbe», a déclaré Kostunica, premier ministre de la Serbie. «Nous ne devons pas permettre à cette invention d'exister une seule minute. Elle doit être légalement
annulée au moment même où elle sera illégalement proclamée par des terroristes reconnus», a-t-il insisté. Dans cette prise de position, on peut mesurer l'attachement serbe à cette province
dont le territoire constitue un des berceaux historiques de l'âme slave. En 1389, c'est au Kosovo que s'est en effet déroulée la bataille du champ des Merles qui a vu l'affrontement des peuples serbes contre les Janissaires
turcs. Pour les Serbes, le Kosovo serait un élément de l'identité nationale. Cette bataille, que le discours nationaliste en vogue depuis les années 80 n'a cessé de
récupérer pour rappeler d'abord la nécessité d'une Grande Serbie en lieu et place de la Yougoslavie, est aujourd'hui remis au goût du jour pour s'opposer à l'indépendance du Kosovo.
L'allusion au terrorisme du premier ministre serbe vise en fait les partisans de l'UCK (armée de libération du Kosovo) qui lutte depuis 1999 (première guerre du Kosovo) pour
l'indépendance de cette province. Un nombre non négligeable de membres de l'UCK veulent notamment rattacher le Kosovo à l'Albanie, ce qui effraie les Serbes encore nombreux, installés
dans cette province.
AFP/Armend Nimani. Photo prise sur le site du journal Le Monde. Le nouveau drapeau kosovar représente le tracé du pays en jaune sur
fond bleu surmonté de six étoiles blanches.
Du reste, la position de refus de la Serbie est également partagée par d'autres pays. C'est notamment le cas pour la Russie, allié objectif et historique des Serbes (rappelons-nous du jeu des
alliances de la Première Guerre mondiale), qui a toujours pris sous sa protection ses frères orthodoxes des Balkans. D'ailleurs en réaction, V. Poutine a demandé ce jour une réunion du
conseil de sécurité de l'ONU. Mais d'autres pays européens sont aussi réservés sur l'indépendance de cette province à majorité albanaise. Ce sont les pays qui notamment doivent affronter des
mouvements séparatistes importants au sein de leur territoire comme l'Espagne, qui doit faire face à la volonté d'indépendance basque.
A l'inverse, le Kosovo indépendant a été rapidement reconnu par les Etats-Unis, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne ou l'Italie. L'Albanie, par solidarité mais aussi par calcul politique
peut-être, a célébré la naissance de ce nouvel Etat dès sa proclamation !
La mise en application du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes a bouleversé depuis 1989 la carte de l'Europe : fragmentation, morcellement, éclatement sont les termes les plus fréquemment
utilisés pour qualifier cette évolution qui prend néanmoins ses racines au cours du XIXe siècle. L'indépendance du Kosovo est le nouvel acte de ce processus qui a souvent généré aux portes de
l'U.E violences et massacres. D'ailleurs une force internationale sous l'égide de l'OTAN est présente au Kosovo depuis 1995 : il s'agit de la KFOR (Kosovo Force). Sur le site de l'OTAN, on peut lire les propos suivants de la bouche du général en chef des troupes au Kosovo : "I can assure the people
of Kosovo that KFOR’s responsibility to ensure security and stability for all communities throughout the territory of Kosovo remains unchanged". Ce rappel aux allures de dissuasion
sera-t-il suffisant ?
Toute une journée en noir et blanc ce lundi 28 mai sur Arte avec en point d'orgue
le film de Joel Coen, The Barber, l'homme qui n'était pas là... un grand film noir plutôt que blanc !
Commentaires