Voici quelques pistes pour la correction de la question d'histoire/histoire des arts proposée aux étudiants de l'IUFM de Saint Etienne dans le cadre de leur préparation au concours.
Le sujet était : Les édifices religieux au Moyen-Âge, oeuvres d'art et de foi.
Attention, cette correction n'est pas ce qui était attendu des candidats, elle sert aussi à compléter le contenu des cours et de la formation.
En Europe, au Moyen Âge les croyances imprègnent tous les actes de la vie et à partir du Xème siècle, on assiste à un essor sans précédent du nombre d’édifices religieux. Les réformes monastiques
successives font se multiplier les abbayes, c’est aussi l’époque où se construisent et se reconstruisent les cathédrales et où s’autonomisent la plupart des paroisses rurales groupées
autour de leur église. Cet élan de construction donne naissance aux Xème et XIème siècle à l’art roman puis à partir du XIIème et XIIIème siècle à l’art gothique. Comment ces
édifices qui nous impressionnent toujours aujourd’hui par les qualités artistiques de leur construction ou de leurs décors sont-ils le reflet des préoccupations du temps ? Quel est à l’époque le
sens de ces œuvres d’art ? Quelle expression de la foi permettent-elles ?
Abbayes, églises et cathédrales sont des bâtiments au service de la foi à plusieurs niveaux.
Elles attestent déjà de l’ampleur de celle-ci par leur taille, le temps qu’il fallait consacrer à leur édification compte tenu des moyens techniques de l’époque, par leur coût qui alimentait
l’économie de toute une région mais nécessitait de rassembler des capitaux considérables et des artisans de talent. Ces aspects sont autant de moyens utilisés pour témoigner à Dieu du respect des
hommes et de leur reconnaissance. Leur élévation qui ne cesse de progresser (de l’art roman à l’art gothique par ex.) marque la volonté de se rapprocher de Dieu mais aussi de créer une atmosphère
magnifiée par les jeux de lumière à partir du moment où vitraux et rosaces éclaireront des vaisseaux de plus en plus hauts et de plus en plus lumineux. De cette architecture doit émaner une
force émotionnelle capable d’exprimer dans la matière ou par la lumière la puissance divine et les valeurs d’espérance et d’éternité du message chrétien, la clarté donnant en même temps une
image de paradis (document 2).
Ce sont aussi des moyens d’enseigner la foi, de l’approfondir ou de la conserver. Leur décor est un des moyens privilégiés d’édification de la foi des fidèles.
La vie au Moyen Âge est marquée en permanence par une confrontation directe avec la mort (espérance de vie moyenne : 30/35 ans) et une des premières fonctions de la religion chrétienne est
d’apporter l’espérance d’un au-delà souriant après la mort pour tous ceux qui l’auront mérité. Les tympans sculptés à l’entrée des églises ou cathédrales figurent ainsi souvent le jour du
jugement dernier pour le rappeler au croyant ou le mettre en garde si sa vie ne respecte pas les consignes de l’église (doc 2). Les sculptures des chapiteaux romans ont ainsi pendant
plusieurs siècles eu pour fonction d’enseigner les vices ou les vertus ou d’effrayer les fidèles avec leurs monstres figurant Satan. Pour certains historiens, ces sculptures avaient un pouvoir
prophylactique et protégeaient la communauté. Les décors racontent aussi dans la pierre ou en peinture les différents épisodes de la Bible, de la vie de Jésus ou des Saints.
Eglises et cathédrales sont des édifices destinés d’abord aux pratiques religieuses et leur organisation correspond aux besoins de celles-ci et de leurs évolutions. Leur plan et
leur agencement se complexifient donc au fur et à mesure de l’évolution des pratiques mais sont aussi symboliques.
Toute l’organisation des monastères et des abbayes gravite par exemple autour du cloître qui, accolé à l’église, constitue le centre de la vie communautaire et symbolise à la fois la clôture des
moines et la perfection de la vie à laquelle ils aspirent (document 1). Même lorsque les monastères acceptent l’entrée de fidèles à l’intérieur de l’église il y a une séparation stricte entre les
moines et ceux-ci par l’usage de portes d’entrée dans l’église séparées, et parfois même la présence d’une barrière réelle, le jubé. Le plan en croix de la plus simple des églises
rappelle la croix du Christ et l’autel où se déroule la messe, à la croisée de la nef et du transept, permet aussi de séparer le chœur réservé au clergé de la nef réservée aux paroissiens.
Les reliques des saints sont en principe conservées sous l’autel et au fur et à mesure que le culte des saints s’impose et rassemble un nombre de plus en plus considérable de fidèles les
déambulatoires se développent autour du chœur pour permettre la procession des fidèles autour des reliquaires. De la même manière sous l’influence de Cluny (fin du Xème siècle) se développe
le culte des défunts et les autels vont se multiplier pour pouvoir célébrer plusieurs offices en même temps. Parallèlement, les églises vont se voir adjoindre de multiples chapelles pour
célébrer la mémoire des principaux donateurs.
L’embellissement des églises et l’évolution des styles architecturaux correspond à la volonté de bâtir des édifices toujours plus parfaits pour servir la foi et la répandre. L’art roman
correspond plutôt à l’influence des communautés monastiques organisant l’espace rural (document 1), alors qu’à l’essor
urbain qui s’amorce à partir de la fin du XIème siècle correspond plutôt l’art gothique lié aux grands chantiers des cathédrales, mais le passage de l’un à l’autre se fait progressivement et dans
de nombreux édifices cohabitent diverses influences. De la même manière chaque réforme religieuse est l’occasion de débattre et de traduire dans la pierre les grandes préoccupations de leurs
penseurs. On peut ainsi opposer la simplicité des formes ou du décor des cisterciens (document 1) ou des mendiants voulant affirmer la simplicité comme valeur, aux recherches de faste et de
grandeur des clunisiens ou du gothique , mais au-delà de ces courants artistiques, l’important est de replacer ces édifices religieux dans un contexte général où le rapport avec Dieu
s’exprime dans le travail, que ce soit celui des moines cultivant et/ou priant ou dans celui nécessaire à l’édification de ces œuvres d’art qui sont d’abord en leur temps une offrande
à Dieu avant d’être des œuvres d’art, l’art étant en lui-même un moyen de se rapprocher de Dieu ou de mieux le servir.
ELEMENTS QUI POURRAIENT ÊTRE VALORISES OU PENALISES :
- Travail problématisé (bonne approche du sujet : mise en relation entre arts et croyances, travail qui ne repose pas sur une approche
restrictive comme les différences roman/gothique)
- Capacité à dégager des exemples précis et pertinents en utilisant notamment les documents donnés (analyse du tympan de l'abbaye).
- Travail organisé mettant en valeur des idées et non pas une accumulation de connaissances
- Absence de maîtrise de l’expression écrite, fautes d’orthographe



