Voici le résultat du travail de groupes de ce matin réalisé par les élèves de Terminale ES1 sur les mémoires de la seconde guerre mondiale en France depuis 1945.
LES MEMOIRES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE EN FRANCE
LA MEMOIRE OFFICIELLE DE 1945 AUX ANNEES 1960
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, dès 1945, s’imposée en France une mémoire officielle issue de la Résistance. Comment l’Etat français a-t-il mis en place cette
mémoire officielle et de quelles façons a-t-elle été présentée à la population ?
La mémoire officielle s’est rapidement mise en place grâce à différents moyens. En effet, le gouvernement provisoire de la République a fait inscrire dans toute la France sur les
monuments aux morts l’inscription « morts pour la France ». On a aussi déposé quinze corps de combattants dont les dépouilles représentaient les symboles de la guerre (la France libre,
la résistance et la déportation) d’abord sous l’Arc de Triomphe puis dans une crypte du Mont Valérien, dans la banlieue parisienne, qui va devenir, par la volonté de Charles de Gaulle, un lieu
important de la mémoire collective. Pour perpétuer la mémoire de la Guerre et des Résistants, André Malraux en 1964 rend un hommage national à Jean Moulin, symbole de la Résistance, lors du
transfert de ses cendres au Panthéon. Enfin, on veut également sensibiliser les enfants à l’histoire de la seconde guerre mondiale en insérant dans les manuels scolaires des exercices
pédagogiques insistant sur la Résistance (manuel Nathan en 1959). Néanmoins, cette mémoire officielle dissimule certains faits pour éviter de ternir l’image de la France.
Il existe en effet, dès 1945, des rivalités au sein des mémoires de la Résistance. Par exemple, le parti communiste se présentait comme le parti le plus victime du conflit, avec
l’appellation « parti des 75 000 fusillés ». La mémoire gaulliste a voulu mettre en avant le rôle de la France libre alors que la mémoire communiste préférait insister sur la résistance
intérieure contre Vichy. Cette opposition tanche avec l’image d’une France libre, solidaire et indivisible qu’a donnée l’Etat français en 1945. La mémoire officielle a voulu, dès 1945,
transmettre des messages plus optimistes, en dissimulant la Collaboration et en mettant en avant les nombreux Français morts pour leur Patrie.
On a donc voulu laisser une image héroïque des soldats, en transmettant aux nouvelles générations les valeurs de la République française qui sont la liberté, l’unité, le caractère
indivisible de la nation et la solidarité.
Photographie de la cérémonie du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon 1964. Discours du ministre André Malraux, lui même, ancien
Résistant.
LE TOURNANT DES ANNEES 70
La mort du général de Gaulle marque un tournant capital dans l’évolution de la mémoire des années de guerre. La mémoire officielle présentant la
France comme résistante vole en éclats, tandis que se dévoile la réalité du régime de Vichy. Nous allons voir comment lors des années 70 la mémoire des années noires de l’Occupation et de la
Collaboration a subi un changement profond.
La mémoire a été d’abord revisitée par les journalistes et les cinéastes. Ils ont voulu reconstituer la vérité et changer l’opinion publique. Néanmoins, le film de marcel Ophüls,
Le Chagrin et la Pitié, qui s’oppose à la vision d’une France unanimement résistante a été interdit. La collaboration est donc toujours mise entre parenthèses : la diffusion du film
aurait, en effet, été un véritable choc et aurait dévoilé un passé embarrassant.
Mais les historiens ont aussi fait évoluer les mémoires, notamment les historiens anglosaxons et américains comme Robert Paxton qui réfute en 1973 la thèse selon laquelle le régime de
Vichy, sous l’Occupation , aurait protégé les Français. Avec le mythe du « bouclier », Pétain a voulu faire croire aux Français que la Collaboration avec les Allemands était en fait une
protection pour l’Etat. Or, les historiens ont démontré que c’était un mensonge. Pétain espérait en fait que la France devienne une grande puissance de l’Europe dominée par les
Allemands.
Les années 70 ont donc été un tournant pour les mémoires de la Seconde Guerre mondiale qui ont été revisitées par différents moyens et qui ont abouti à une dénonciation de la
Collaboration.
Couverture du livre de Robert Paxton La France de Vichy, un ouvrage qui déclencha
une vague d'études sur la seconde guerre mondiale en France et qui fut régulièrement réédité
LE TEMPS DES PROCES – Années 80 et 90
Des procès pour crimes contre l’humanité (Barbie en 1987, Paul Touvier en 1994, Papon en 1997-1998) réveillent des blessures dans les mémoires des Français et montrent l’ampleur
du traumatisme engendrée par la période de l’Occupation. Quel rôle ont joué ces différents procès pour la mémoire collective et la mémoire juive du second conflit mondiale, en France, plus de 40
ans voire 50 ans après cette période ?
Les différents procès de Paul Touvier, Klaus Barbie, et Maurice Papon ont, en effet, eu lieu de nombreuses années après les faits. Papon et Touvier étaient des personnes assez
importantes et, par des pressions politiques, religieuses et aussi par leur fuite (Touvier), ils ont réussi longtemps à échapper à des procès. Ces procès ont permis de s’interroger sur
l’implication des Français dans l’atrocité de la guerre, notamment celui de Maurice Papon, qui fut haut placé dans l’Etat (ministre du budget en 1978) mais qui aurait été responsable des
déportations juives. Ces procès ont aussi servi pour les nouvelles générations car il ne faut pas que s’oublient ces faits et qu’ils se répètent. Ils ont donc servi aussi de leçon.
La mémoire juive a été reconnue notamment grâce à ces procès qui ont permis de rendre justice aux familles de nombreuses victimes juives, comme l’exemple de Maurice-David
Matisson représenté par Me Gérard Boulanger pour déposer plainte contre Maurice Papon. De nombreux membres de sa famille avaient été victimes des camps de la mort. Ils ont donc aussi servi au
devoir de mémoire par la mise en place de musées, d’un mémorial du martyr juif (devenu en 2005 mémorial de la Shoah) pour conserver la trace des milliers de Juifs de France morts durant cette
guerre.
Ces procès ont donc été déterminants et ont servi d’exemples pour la générations futures.
Couverture d'un ouvrage de Riss qui représenta par 400 dessins le procès de cet ancien haut fonctionnaire qui réalisa une belle carrière politique mais fut traduit devant les
tribunaux à la fin des années 90
Depuis une dizaine d’années, on remarque une évolution dans la mémoire officielle qui est parfois contestée. On montrera comment cette dernière a évolué depuis les années
90.
C’est notamment sous la pression de la mémoire juive du second conflit mondial que la mémoire officielle évolue. On remarque cette évolution à travers la différence de discours
entre le président Mitterrand (mandats de 1981 à 1995) et le président Chirac (mandats de 1995 à 2007). Mitterrand (comme ses prédécesseurs) considère en effet qu’il y a eu « un Etat
français différent de la République française » et que donc le régime de Vichy était le seul responsable des actes antisémites et racistes et non pas l’Etat français en général. Jacques
Chirac, quant à lui, crée une rupture car il pense que la responsabilité doit être désormais assumée par l’Etat français. Ainsi, à l’occasion du
discours commémoratif de la rafle du Vel d’Hiv le 16 juillet 1995, il s’excuse auprès des victimes pour la participation de la France au génocide et
aux crimes contre l’humanité commis sur les Juifs.
On peut aussi voir qu’encore aujourd’hui les rivalités entre partis politiques
continuent à s’exprimer sur des faits concernant cette période, notamment à travers la lecture en 2007 de la lettre de Guy Môquet, voulue par le président Nicolas Sarkozy, à qui on a reproché
d’avoir voulu à nouveau entretenir l’image d’un pays résistant durant la guerre. Certains historiens comme Jean-Pierre Azéma ont reproché au président Sarkozy la décision d’avoir fait lire cette lettre de manière autoritaire, dans une véritable mise en scène, sans un travail de réflexion et de compréhension que ne
permet pas la mémoire mais que doit permettre l’histoire.
On peut donc voir que la mémoire officielle a été influencée par certains groupes et qu’elle se retrouve encore aujourd’hui parfois critiquée.
Le président Jacques Chirac lors des cérémonies de commémoration de la
rafle du Vel d'hiv, quelques semaines après son intronisation comme 5ème président de la Vème République, en juillet 1995.
Un travail de Marine, Charles, Saymé, Sarah Bo., Noémie, Maëlys, Randy, Rémi, Lina, Lamia, Geneviève, Elie, Julie, Schéhérazade et Farah.


