HISTOIRE, MEMOIRE, CINEMA... Cherchez l'erreur !
Dans le cadre du programme culturel de l'IUFM de Lyon, le centre local de Saint-Etienne a la chance de diffuser mercredi prochain, le moyen métrage Les soldats coloniaux, réalisé par l'association Le Grain en 2004. L'objectif de cette oeuvre cinématographique est de retracer l'épopée de quelques résistants français engagés dans les troupes de la France Libre issus de l'empire colonial français, de 1940 à 1945.
Longtemps négligé par l'histoire, cet épisode de la seconde guerre mondiale a bénéficié d'une très récente réhabilitation, qui a notamment pris des proportions importantes, avec le triomphe critique et public du film de Rachid Bouchareb, Indigènes.
Gardons à l'esprit que l'histoire s'écrit bien souvent à l'aune du présent et que les préoccupations du moment influencent beaucoup son contenu. Ainsi, il est frappant de constater que notre société actuelle, très marquée par la quête de la reconnaissance des différentes mémoires (celles notamment de communautés ethniques, culturelles, religieuses...), accorde une attention importante à des épisodes de l'histoire jusqu'alors occultés. Le cinéma s'est légitimement emparé de ces thèmes de plus en plus fédérateurs et donc rémunérateurs. Malheureusement, cela ne va pas sans certaine dérive et la tentation est grande de réécrire l'histoire telle qu'on aimerait qu'elle se soit passée. Deux exemples symptomatiques : Joyeux Noël de Christian Carion (2005) qui présente les fraternisations entre soldats français, écossais et allemands lors du premier Noël dans les tranchées en 1914 a réuni, pour l'exemplarité du message et l'intérêt de la narration, tous les témoignages relatifs à des cas de fraternisation sur le front de l'Ouest, qui s'étalait sur plusieurs centaines de kilomètres. Ainsi "compilés", ces épisodes très épars et diffus donnent l'illusion d'une véracité très contestable. Le front est resté une zone de combats, y compris pour le Noël 1914 où le nationalisme virulent était encore dominant. A l'heure où le rapprochement des peuples européens est sollicité, le message de ce film est certes beau mais la réalité historique en prend un coup !
Autre exemple, l'hommage rendu aux tirailleurs sénégalais qui ont participé à la drôle de guerre de mai 1940, Les enfants du pays, de Pierre Javaux en 2005. Le film épouse le thème très à la mode de la découverte de l'autre et notamment du Noir par les habitants de la métropole française, sans véritablement de profondeur historique. On y retrouve à travers l'exemplarité du personnage joué par Michel Serrault, le parcours du vieil homme aigri et éloigné de tout allant à la découverte de braves soldats noirs combattant pour la France... Bel hommage rendu à la mémoire des tirailleurs sénégalais de 1940 certes mais comment évaluer la justesse scientifique de ce propos ? Est-ce que toute la France de la drôle de guerre et de la défaite de 1940 avait une telle représentation des populations extra-européennes ?
Comme le film Indigènes, plus complexe et plus abouti dans la présentation des relations entre colonisés et métropolitains, le documentaire Les Soldats coloniaux est avant tout un travail de réflexion qui ne se contente pas de retracer l'épopée militaire de quelques hommes. Il nous questionne sur les rapports entre ces hommes et la France, sur les problèmes de reconnaissance tant morale que politique qui s'en suivirent, sur la violence de la guerre et son apprentissage par des gens ordinaires. Réalisé à partir d'archives inédites et notamment de photographies tirées des Archives allemandes, ce documentaire mérite toute notre attention car il fait de l'histoire ce qu'elle devrait être, c'est à dire une démarche intellectuelle d'interrogation du passé allant au-delà de la simple reconnaissance mémorielle.
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