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Les Dieux sont-ils tombés sur la tête de Sissi ?
SEMAINE DU 30 AOÛT AU 5 SEPTEMBRE 2008
Romy Schneider dut une grande partie de sa popularité à ses interprétations successives de Sissi dans les années 50, personnage historique qu'elle
incarna dès l'âge de 17 ans...mais aussi bien plus tard, puisqu'elle retrouva l'impératrice Elisabeth d'Autriche dans le très beau film de Luchino Visconti Ludwig ou le crépuscule
des Dieux (1972), diffusé en deux parties sur Arte dimanche et lundi.
Fasciné par les rapports entre l'histoire et la décadence, comme il l'avait prouvé dans Senso, Le
Guépard ou Les Damnés, Luchino Visconti ne pouvait pas passer à côté de l'emblématique et énigmatique roi de Bavière, Louis II. Ce dernier est resté célèbre dans les mémoires
collectives pour sa frénésie de constructions de châteaux dans son royaume de Bavière au XIXe siècle (notamment le célèbre Neuschwanstein, qui inspira, paraît-il, un génial créateur de
dessins animés puis les concepteurs d'un parc récréatif aux portes de Paris pour rendre hommage à la Belle aux Bois Dormants). Avant l'unité allemande, qui se fera,
rappelons-le, par la Prusse de Bismarck , la Bavière est un des 39 Etats "allemands" résultant du démembrement du vieil Saint Empire romain germanique. En 1864, Louis II de Bavière
dit à son confesseur, le père Hoffman, ses espoirs pour son règne. Il veut se présenter comme le grand mécène des artistes, offrir le meilleur à son peuple. Le jour même, il est couronné à l'âge
de dix-sept ans (comme Romy lorsqu'elle tourna son premier Sissi). Quelque vingt ans plus tard, en 1886, les témoignages se succèdent de ses ministres et de ses proches, traîtres
ou fidèles, consultés pour une enquête visant à établir la folie de ce roi.
Le film de Visconti retrace donc le parcours étonnant de Louis II, tourmenté, homosexuel, abandonné et surtout, profondément incompris de tous, notamment de son entourage aristocrate. L'oeuvre
est évidemment portée par l'un des interprètes favoris de la fin de carrière de Visconti, qui avait déjà tourné dans Les Damnés, Helmut Berger, mais aussi Romy Schneider, qui
retrouva le personnage de Sissi impératrice (cousine de Louis II), à mille lieux des productions mièvres des années 50. DIffusé en 2 parties, pour épargner aux spectateurs 3 heures 40 de bonheur
consécutives, Ludwig ou le Crépuscule des Dieux, titre wagnérien par excellence, présente des morceaux de bravoure, notamment les rencontres entre Elisabeth et Ludwig, chevauchant la
nuit par les forêts bavaroises ou se donnant rendez-vous dans l'Île aux Roses (magnifique travail sur la photographie et la couleur, dû au chef opérateur, Armando Nannuzzi). Par son
côté tragique et pathétique, le film rappellera à beaucoup l'évidence que le fait d'être prince ou roi n'est décidément pas un conte de fée !