SEMAINE DU 27 JUIN AU 3 JUILLET
Rien ne sert de courir
Arte nous rappelle les joies des colonies de vacances avec le film de Claude Miller, La
meilleure façon de marcher, réalisé en 1975... mais ce n'est pas tant les joyeuses occupations des jeunes vacanciers qui intéressent le réalisateur que les rapports remplis d'ambiguïté entre
deux moniteurs : Marc (Patrick Dewaere) et Philippe (Patrick Bouchitey). Un film à voir absolument.
Après les nombreuses évocations de la seconde guerre mondiale au cours des dernières semaines, il est temps de prendre un peu
l'air des grandes vacances, en regardant Arte, lundi 29 juin à partir de 20 heures 45, pour découvrir La meilleure façon de marcher. Le titre évoque bien sûr une
ritournelle connue des camps de vacances et que l'on entendra d'ailleurs dans une scène du film. Mais, derrière cette façade tout à fait innocente, l'oeuvre de Claude Miller, qui a
souvent brillé pour filmer les relations ambivalentes entre les êtres (notamment le génial Dites-lui que je l'aime, mais aussi plus récemment La petite Lili ou Le
Secret) évoque des sujets bien plus brûlants et quelque peu osés dans la France giscardienne du milieu des années 70, notamment le thème de l'homosexualité. A travers les portraits de
deux "monos" de la colonie, Marc (l'incomparable Patrick Dewaere) et Philippe (le génial Patrick Bouchitey dont on a trop résumé la carrière à ses doublages amusants de documentaires
animaliers), Claude Miller évoque les rapports de force entre deux êtres que tout paraît opposer : le frêle et sensible Philippe face au rustre et tonitruant Marc. Si la fin du film couronne une
morale finalement bien pensante, le ton général de l'oeuvre est assez fascinant, surtout si l'on retourne plus de 30 ans en arrière. A ce duo d'acteurs au sommet, on ajoutera les performances de
deux autres comédiens : le directeur de la colonie, le regretté Claude Piéplu qui nous régale dans sa description et le dépouillement de la fameuse "boîte à idées" et un tout jeune acteur,
encore chevelu, interprétant un autre moniteur et dont la scène de départ, très capricieuse, est des plus réussies : Michel Blanc.
Par G. SABATIER
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SEMAINE DU 20 AU 26 JUIN
Sombre résistance
Les années de l'occupation font le bonheur de la télévision publique en ce moment : un classique ce mardi 23 juin, maintes fois diffusé mais toujours intéressant à découvrir ou à
redécouvrir : L'Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville (1969). Le film à la gloire de la résistance gaulliste en France comme en Angleterre qui met en valeur tout à la fois
l'héroïsme des résistants et les basses besognes qu'ils sont contraints d'effectuer.
On aura
donc cette semaine un nouveau film sur la seconde guerre mondiale sur la télévision publique puisque France 3 diffuse le classique des classiques L'Armée des
Ombres, de Jean-Pierre Melville à partir de 20 heures 35. Distribution de choix : Paul Meurisse, Lino Ventura, Jean-Pierre Cassel, Simone Signoret (l'interprète de Mathilde, la
résistante, notre photo)... musique inoubliable et terriblement angoissante de François de Roubaix (notamment l'accompagnement musical de la scène de l'évasion de la prison allemande qui fit
en son temps le bonheur de la célèbre émission Les dossiers de l'écran), sens du suspense et du ralenti de l'action de Melville qui inspira bien des années plus tard un certain Quentin
Tarantino dont l'admiration pour le cinéaste français est grande. S'il est très diffusé à la télévision française, il ne faut pas croire que L'Armée des Ombres est un
film facile à regarder. Son rythme très lent, sa dureté, à certains moments, en font au contraire une oeuvre volontiers austère qui ne cherche pas à enjoliver la résistance
française, même si le réalisateur, ancien résistant lui-même, a un très net penchant pour l'action du général de Gaulle, que l'on apercevra d'ailleurs de loin (joué par un acteur
au physique proche de l'auteur de l'appel du 18 juin) dans une scène assez grandiloquente qui contraste avec le reste du film, beaucoup plus sobre et obscur.
Malgré ses diffusions multiples, il serait dommage de ne pas voir ce grand film et ses scènes cultes qui rappellent certains actes emblématiques de la résistance (l'évasion de la prison
allemande comme un écho de l'opération menée par Lucie Aubrac, le personnage de Luc Jardie rappelant implicitement Jean Moulin...). On n'oublie pas facilement non plus la scène du
sous-marin qui conduit "le grand patron" à Londres et révèle à la surprise générale son identité, mais surtout le regard final de Simone Signoret, la résistante, qui devient elle-même
la cible des résistants. Un regard d'une incroyable densité qui offre toutes les lectures possibles et permet de mesurer en quelques dixièmes de seconde ce qu'est une
grande actrice.
Par G. SABATIER
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